En se promenant le long de la plage, à Hermanville.

Hermanville sur mer, agréable station balnéaire, est dotée d’une longue digue-promenade.

En allant d’Est en Ouest, le promeneur remarquera la villa « La Bluette » (1899) de l’architecte Hector Guimard [à qui l’on doit la façade de la pharmacie Lesage à Douvres, et la décoration de certaines entrées du Métro parisien] ; la Farandole ; le chalet Henri datant de l’exposition universelle de 1889 ; et le Castel Louis (1866) avec son décor d’animaux marins en carreaux de céramique. Au début de cette promenade, au lieu dit « brèche d’Hermanville », près du poste de secours, l’attention sera attirée par une modeste mais élégante stèle, dédiée aux marins péris en mer durant la seconde guerre mondiale.

En voici l’histoire.

Nous citerons les passages principaux d’un texte rédigé par l’association « Histoire, Mémoire, Souvenir » d’Hermanville-sur-mer.

Début de citation :

« … Au large d’Hermanville, une bouée indique la présence d’épaves de bateaux, dont le vieux cuirassé Courbet, les croiseurs hollandais Sumatra et anglais Durban. Une maquette, présentée au musée de la Brèche, donne une idée plus précise de l’organisation de ce brise-lames (nom de code : Gooseberry n°5) nécessaire aux différents approvisionnements de la tête de pont établie par la 3 ème Division d’Infanterie Britannique. Ce Gooseberry [ NDRL : gooseberry : groseille à maquereau] fut aussi le théâtre des batailles incroyables entre la marine britannique et celle du 3ème Reich utilisant des torpilles humaines et des vedettes baptisées « belettes ». C’est à proximité de ces lieux que disparaîtra aussi le croiseur polonais Dragon.

Dans l’évocation des combats pour la libération, le rôle joué par la marine est souvent ignoré. Ce qui a fait dire à l’Amiral Chaline, présent aux cérémonies du 6 juin 1997 pour la venue de la nouvelle frégate « Le Courbet » à Hermanville, sur les lieux du sabordage de son illustre ancêtre, que la marine est « l’éternelle oubliée de l’Histoire ». Lors des commémorations, les marins n’ont pas l’opportunité de se rassembler autour de stèles élevées à la mémoire de leurs camarades. Ils ne peuvent que se tourner vers la mer… sans autre repère. Pourtant, c’est du bon déroulement et de la réussite de l’opération « Neptune » que dépendait aussi le succès d’Overlord pour notre libération.

Au 50ème anniversaire, parmi les vétérans venus assister aux cérémonies commémoratives, nous avons pu recueillir le témoignage d’un vétéran de la Royal Navy dont le récit et les documents nous montraient un autre aspect des opérations de débarquement dans le secteur stratégique de SWORD.

David E. COTTRELL faisait partie de l’équipage d’un destroyer, H.M.S. SWIFT qui, au petit matin du 6 juin, avait participé au sauvetage des rescapés du destroyer américain SVENNER, torpillé et coulé en emportant 34 marins. Quelques jours plus tard, le 24 juin, H.M.S. SWIFT sautait sur une mine et disparaissait à son tour, entraînant 17 marins dans la mort. David E. COTTRELL était grièvement blessé ainsi que 36 de ses camarades.

Nous avions été intrigués par la présence, parmi ses décorations, de médailles soviétiques. Elles rappelaient les missions précédentes de H.M.S. SWIFT chargé d’escorter les convois de cargos devant acheminer par l’océan arctique les équipements et matériels demandés par l’URSS. Pour David E. COTTRELL, le courage et le sacrifice des marins de la marine marchande, des forces navales, tant de la Royal Navy que des Alliés, ne peuvent être dissociés et doivent être honorés avec autant de considération et le même respect.

En nous référant à la diversité des unités alliées ayant participé aux opérations face à notre littoral, il nous est apparu évident qu’un mémorial, témoignage de reconnaissance à tous ces marins, s’imposait, chassant indifférence et ingratitude.

Nous avions exprimé cette espérance au travers de dossiers, de nombreux courriers adressés à des personnalités, des organismes pouvant partager notre motivation. Mais la concrétisation de ce projet supposait aussi d’avoir recours à des moyens financiers en rapport avec la conception et la réalisation du monument.

Dans la perspective d’une étude précise, la municipalité avait donné un avis favorable à l’implantation de ce mémorial, sur le front de mer, à la Brèche d’Hermanville pour lui conférer une grande importance dans sa représentation historique et symbolique.

David E. COTTRELL avait été sensible et enthousiasmé à l’idée d’un tel projet et c’est avec beaucoup d’espoir et d’émotion qu’il est venu présenter le 6 juin 2000 une proposition bien étudiée d’un monument marin typé, comme ceux que l’on peut rencontrer sur les côtes britanniques.

L’ensemble, de la grandeur d’un homme de 1,80 m, attire l’attention tout d’abord par sa croix de caractère celtique qui incite au recueillement et à la réflexion. Le tracé des quatre branches reliées entre elles par un cercle fait penser aux quatre directions d’une rose des vents.

Au centre figure en bonne place l’insigne de la Royal Navy rappelant que l’ensemble de l’opération Neptune se déroulait sous la responsabilité et l’autorité de l’Amiral Sir Bertram RAMSAY de la R. N.

Le regard est ensuite conduit sur l’ancre de marine, symbole universel de toutes les marines du monde. Elle est accompagnée de son filin qui la relie au bateau.

Il faudra se rapprocher du monument pour lire l’épitaphe gravée en anglais et en français rendant hommage à tous les marins qui sont venus combattre et qui sont morts en Normandie.

… Si le projet est devenu réalité, c’est que David E. COTTRELL a pris la décision d’en assurer le règlement auprès du maître d’œuvre. Son engagement à le payer lui-même constitue un élan de générosité qu’il faut associer à la noblesse de ses sentiments à l’égard de ses camarades disparus. Pour autant, il nous faut espérer que cette décision ne le conduira pas à des difficultés d’existence….

Ce monument (aux mesures anglo-saxonnes) aura la particularité d’avoir été construit avec de la pierre de Grande Bretagne. Il devra symboliquement traverser, lui aussi, le "channel" pour s’ancrer sur notre rivage normand, espace marin chargé d’histoire.

Lieu de souvenance et de plaisance, la digue promenade de la Brèche d’Hermanville a de quoi attirer l’attention des nombreux marcheurs qui l’empruntent et leur inspirer réflexion et émotion. ».

Fin de citation.

Du côté du large, à un peu moins d’un mille, on aperçoit la bouée marquant l’emplacement de ce qui reste de l’épave, complètement immergée, du cuirassé Courbet.

Le pavillon de poupe du Courbet est déposé à la Mairie d’Hermanville. Rappelons à ce sujet que l’emblème de la Marine Nationale est le pavillon tricolore, et qu’il n’existe qu’un seul drapeau : celui des Fusiliers Marins.

L’ouvrage « Le Patrimoine des Communes du Calvados » évoque l’histoire du cuirassé Courbet.

En 1940, ce vaisseau amiral de la première guerre mondiale reprend du service lors de l’offensive allemande. Après la défaite de Dunkerque, il rallie Portsmouth. Le 3 juillet la Royal Navy le réquisitionne manu militari pour la défense des côtes anglaises. Il devient alors le premier navire de guerre de la France Libre, arborant le pavillon tricolore en poupe, et la Croix de Lorraine sur le pavillon de beaupré. Le Courbet ne naviguera pas, il servira de plateforme de défense anti-aérienne à l’entrée de Portsmouth, pendant toute la période de 1940 à 1944.

En mars 1944, R. Wietzel est investi du commandement du Courbet, en vue de le préparer à participer, d’une manière très particulière, aux opérations de débarquement sur les côtes normandes. Sans grande valeur opérationnelle, ce vénérable vaisseau devra être sabordé au large des plages, avec deux autres vieux croiseurs alliés et six bateaux marchands, afin de constituer une digue de protection pour les petites unités servant de liaison entre les gros navires de transport et la côte.

Comme prévu, le Courbet est sabordé, le 7 juin 1944. Wietzel s’empare des deux pavillons et les confie à un capitaine d’artillerie anglais, qui promet de les rendre après la guerre.

Après avoir voyagé dans les bagages de l’armée de Montgomery, au cours des campagnes de France, de Hollande et d’Allemagne, le pavillon de poupe sera remis à la mairie d’Hermanville, et le pavillon de beaupré au musée d’Arromanches.

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Mémorial des marins disparus 1939-1945, offert par David E. Cottrell le 6 juin 2001
courbet
Cliché : Wikipédia
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